Partout en Asie, le marché des véhicules électriques (VE) connaît une croissance remarquable, propulsée par une combinaison d’innovations technologiques, d’initiatives politiques audacieuses, et d’une industrialisation à grande échelle. La Chine en tête, avec plus de la moitié de la production mondiale, symbolise ce dynamisme, tandis que d’autres pays de la région, notamment en Asie centrale et du Sud-Est, embrassent également l’ère électrique avec des stratégies adaptées à leurs contextes spécifiques. L’évolution des perceptions autour des VE, la montée en puissance de marques locales telles que BYD, NIO, Geely ou encore Xpeng, et les défis liés à l’infrastructure offrent ainsi un paysage complexe, en pleine transformation. Plongée dans les facteurs qui orchestrent cette révolution électrique en Asie, où mobilité rime avec durabilité.
Expansion stratégique des constructeurs chinois : une domination affirmée sur le marché asiatique des véhicules électriques
La Chine s’est imposée comme l’épicentre mondial de la production de véhicules électriques, assurant près de 60 % de la fabrication mondiale en 2022 selon routefacile.fr. Cette prépondérance découle non seulement de politiques industrielles volontaristes mais aussi d’une dynamique interne très compétitive qui stimule l’innovation et la baisse des coûts. Les entreprises comme BYD, Geely, SAIC Motor, ainsi que NIO et Xpeng, tirent profit de cette compétition féroce pour élargir leur gamme et améliorer continuellement leurs performances.
Le marché chinois sert également de tremplin pour une offensive à l’international, notamment en Asie centrale et du Sud-Est. Par exemple, dans des pays comme l’Ouzbékistan et le Kirghizistan, les véhicules électriques importés proviennent à plus de 90 % de Chine, transformant peu à peu la région en un espace d’adoption accélérée de la technologie électrique. Cette expansion est soutenue par des prix compétitifs, une proximité géographique avantageuse et une adaptation aux besoins locaux, ce qui permet de changer la perception souvent critique des consommateurs à l’égard des produits « Made in China ».
Par ailleurs, la concentration croissante des constructeurs chinois sur les solutions de mobilité subventionnées et accessibles favorise le développement d’un marché plus large. Avec l’essor de nouvelles technologies dans les batteries et les systèmes de recharge, la Chine impose un rythme accéléré que les acteurs traditionnels, comme Toyota, Hyundai ou Honda, observent avec attention, tout en déployant leurs propres initiatives d’électrification pour rester compétitifs.
Cette domination chinoise ne transparaît pas uniquement dans la production, mais aussi dans des stratégies de coopération et de coentreprises, comme l’accord entre BYD et Uzavtosanoat en Ouzbékistan, qui vise à implanter localement des usines d’assemblage. Ces opérations réduisent les coûts logistiques tout en stimulant la confiance locale dans les véhicules électriques asiatiques.
Il convient enfin de noter que ce déploiement s’accompagne d’une volonté claire d’intégration dans les chaînes de valeur régionales, que ce soit dans la production de cellules de batteries, les logiciels embarqués ou le développement d’infrastructures de recharge. Cette montée en puissance du secteur chinois influence en profondeur l’ensemble du marché asiatique, redéfinissant les règles du jeu industriel et économique dans le domaine des véhicules électriques.
L’infrastructure et les défis logistiques : freins et leviers dans la montée en puissance des véhicules électriques en Asie centrale et au-delà
Un des obstacles majeurs à la diffusion rapide des véhicules électriques en Asie réside dans l’infrastructure de recharge, dont le développement reste inégal selon les pays et régions. En Kirghizistan, par exemple, il n’existe qu’une trentaine de points de recharge pour l’ensemble du pays, regroupés essentiellement dans la capitale, Bichkek. Cette insuffisance crée une contrainte directe à l’adoption massive des VE.
Ce déficit s’explique par des facteurs multiples : la bureaucratie locale ralentit l’obtention des autorisations nécessaires, avec des délais pouvant atteindre 195 jours ; le réseau électrique national présente des tensions et un déficit énergétique significatif, estimé à 3,2 milliards de kilowattheures en 2023 ; et enfin, la faible rentabilité des compagnies d’électricité nationales limite l’investissement dans l’amélioration du réseau.
Malgré ces freins, certains signaux encourageants apparaissent, notamment en Ouzbékistan, où la politique gouvernementale a impulsé une augmentation rapide du nombre de stations de recharge, passant de 36 stations début 2022 à un plan ambitieux pour en avoir 2 500 d’ici la fin de 2024. La facilitation des politiques tarifaires et les obligations pour les infrastructures commerciales d’intégrer des bornes électrifiées témoignent d’une volonté politique forte pour accompagner la transition énergétique.
De surcroît, la croissance du parc de VE pose des défis logistiques variés quant à la distribution des batteries et des pièces détachées, notamment dans les zones reculées. Les transporteurs doivent s’adapter à des contraintes de manipulation et de stockage spécifiques à ces technologies.
Politiques publiques et incitations : catalyseurs essentiels de la révolution électrique en Asie
L’adoption rapide des véhicules électriques à travers le continent asiatique ne pourrait se faire sans des mesures étatiques fortes. Les gouvernements multiplient aujourd’hui les dispositifs d’incitation, qu’il s’agisse de franchises fiscales, d’exonérations de droits de douane, ou de subventions directes à l’achat de VE, pour stimuler la demande et soutenir un secteur industriel déterminant pour l’avenir économique et environnemental.
En Ouzbékistan, par exemple, depuis 2019, un taux nul s’applique aux droits de douane et aux accises sur les importations de véhicules électriques. Ces mesures ont porté leurs fruits : le nombre de VE importés est passé de 200 unités cumulées avant 2021 à plus de 2 180 véhicules en 2022. Au-delà des avantages fiscaux, le pays encourage aussi l’installation rapide d’infrastructures via des décrets contraignants, avec l’ambition d’atteindre une densification importante des stations de recharge sur tout le territoire.
La Corée du Sud, le Japon, ou encore Singapour mettent l’accent sur des stratégies combinant innovation technologique et règles favorables. Hyundai et Kia, acteurs majeurs de la mobilité électrique, bénéficient ainsi d’un environnement fiscal incitatif et de programmes publics soutenus pour la recherche sur les batteries et l’autonomie des véhicules. Toyota et Honda, bien que historiquement ancrés dans les technologies hybrides, accélèrent aujourd’hui leur transition vers des modèles 100 % électriques, portés par ces incitations et une demande croissante.
À noter que ces politiques publiques vont au-delà de la simple réduction d’impôts : elles prennent aussi la forme d’investissements dans la formation professionnelle, la campagne de sensibilisation au changement climatique, voire l’appui à la création de zones d’expérimentation urbaines dédiées à la mobilité électrique. Plusieurs grandes métropoles asiatiques développent ainsi des corridors verts et une gestion intégrée de transport combinant VE, transports publics et modes actifs.
Ces mesures stratégiques s’inscrivent dans une volonté globale de convergence entre objectifs climatiques et développement économique, traduisant l’ambition de l’Asie à s’imposer comme leader mondial de la mobilité propre et durable, défiant ainsi les modèles traditionnels dominants venus d’Europe et des États-Unis.